Œuvres complètes, 2 volumes

Étienne de La Boétie

Samedi 1er février 1992 // COLLECTION
Les classiques de notre bibliothèque idéale

2905810602 — 240 p.+264 p. (16,5x24,5) — 65,00 € — Tirage 1500 — Disponible

EXTRAICT D’UNE LETTRE

Que Monsieur le conseiller de MONTAIGNE esrcit à Monseigneur de MONTAIGNE son père, concernant quelques particularitez qu’il remarqua en la maladie & mort de feu Monsieur de la BOÉTIE

« Le vendredy, ie le laissay encores : & le samedy, ie le fus reuoir desià fort abattu. Il me dit lors, que sa maladie estoit vn peu contagieuse, & outre cela, qu’elle estoit mal plaisante, & melancholique : qu’il cognoissoit tresbien mon naturel, & me prioit de n’estre avec luy que par boutees, mais le plus souvent que ie pourrois. Ie ne l’abandonnay plus. Iusques au dimenche il ne m’auoit tenu nul propos de ce qu’il iuegeois de son estre, & ne parlions que de particulieres occurences de sa maladie, & de ce que les anciens médecins en auoient dit. D’affaires publiques, bien peu : car ie l’en trouuay tout dégousté dés les premier iour. Mais le dimenche, il eust vne grand’ foiblesse : et comme il fut reuenu à soy, il dit qu’il luy auoit semblé estre en vne confession de toutes choses, & n’auoir rien veu qu’vne espesse nüe & brouillart obscur, dans lequel tout estoit pesle-mesle & sans ordre : toutesfois qu’il n’auoit eu nul desplaisir à tout cet accident. La mort n’a rien de pire que cela, luy dis-ie lors, mon frere. — Mais n’a rien de si mauuais, — me respondit-il. »