Annales du Centre Ledoux

Claude-Nicolas Ledoux 1736-1806

Collectif, sous la direction de Daniel Rabreau

Vendredi 1er décembre 2000 // COLLECTION
Architecture

2911059166 — 578 p. (17x24) broché — 51,80 € — Tirage 1000 — Épuisé

« L’artiste démontre son caractère dans ses ouvrages », écrit Ledoux, qui poursuit : « les événements, suivant la manière dont il est affecté, l’exaltent ou l’anéantissent ». On aurait tort de s’autoriser de cette citation pour croire que la finalité de l’art, selon Ledoux, n’est que l’expression du moi le plus profond. L’aveu de l’architecte est plutôt à rapprocher du célèbre aphorisme de Buffon, « le style est l’homme même », qui désigne la part personnelle, interprétative, de la démarche créatrice jugée à l’aune de préceptes classiques. Après plus de trente ans d’une carrière de bâtisseur, exceptionnellement riche en chantiers, Ledoux souhaita offrir un message à la postérité et publia, peu avant sa mort, un ouvrage au texte copieux et magnifiquement illustré : L’Architecture considérée sous le rapport de l’art, des mœurs et de la législation (1804).
Ce titre, explicite, annonce une réflexion sur l’étendue sociale et politique de l’art de l’architecture. Pourquoi ? De quelle motivation profonde ou, au contraire, de quel semblant de justification ce testament (il est unique dans la littérature d’architecture) témoigne-t-il, en affichant cette parité entre le domaine de la création artistique et le vaste champ de l’anthropologie ou de l’histoire de l’humanité ? Philosophe, mais avant tout artiste-architecte qui revendique le recours à la libre imagination, Ledoux témoigne-t-il pour rendre compte de son œuvre édifiée dans la pierre ou projetée sur le papier, ou bien pour léguer à la postérité l’image d’une trajectoire artistique combative et d’une création idéale où le classicisme universel, réactivé et lancé vers l’avenir, apparaîtrait vainqueur ? L’attitude commune à Ledoux et aux artistes de son temps peut s’expliquer par l’approche des valeurs séculaires attribuées à l’usage des
ordres antiques, véritable langage dont ils cherchent la raison d’être à l’origine. À cet égard, Ledoux s’inscrit comme disciple et de Palladio et de Piranèse, mais il s’adresse aux « enfants d’Apollon », favorisés comme lui par l’esprit des Lumières, dans un style parfois fracassant qui n’appartient qu’à lui. L’appel à la libre imagination (de l’artiste, du public) est un de ses leitmotivs. Entre l’imitation de la Nature et la réinterprétation de l’Antiquité (l’époque de Ledoux découvre enfin concrètement l’art grec), une voie inconnue, et redoutée par certains, vers la créativité moderne semblait pouvoir offrir le beau rôle à cette discipline de la connaissance que le siècle des philosophes, naturalistes et relativistes libère de la métaphysique : l’esthétique. Comment l’architecte traça-t-il cette voie qui doit conduire au « progrès des arts », ce nouveau culte qu’il appelle de toute sa ferveur ?
Sous-titré
L’Architecture et les Fastes du Temps, ce livre consacré à Ledoux est moins une monographie, au sens habituel du terme (la vie, l’œuvre, l’art) qu’un essai d’histoire de l’art sur l’un des grands architectes de l’histoire des Temps modernes. Dans une approche contextuelle, particulièrement développée, il s’appuie initialement sur les questions posées ci-dessus, éternelles : comment, pourquoi créer des formes nouvelles ? Il souhaite illustrer une certaine conception de l’histoire de l’art dans l’approche culturelle du passé.